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Conformité

Registre des mouvements de titres : obligatoire, coté et paraphé ?

L'équipe Regicap·11 mars 2026·8 min de lecture

Le registre des mouvements de titres est l'un des documents légaux les plus souvent négligés par les startups françaises. Pourtant, son absence ou son inexactitude peut avoir des conséquences graves : nullité de certains actes, blocage d'une levée de fonds, complications lors d'une cession. Ce document est obligatoire depuis toujours, mais beaucoup d'entrepreneurs l'ignorent jusqu'au moment où leur avocat ou leur investisseur le demande en urgence.

Qu'est-ce que le registre des mouvements de titres ?

Le registre des mouvements de titres est un document légal qui retrace chronologiquement tous les mouvements d'actions d'une société par actions depuis sa constitution. Il est parfois appelé "registre de transfert d'actions" ou "registre des cessions".

Sa tenue est encadrée par les articles L. 228-1 et R. 228-8 et suivants du Code de commerce. Les actions d'une SAS, société non cotée, sont nominatives : elles sont inscrites au nom de leur propriétaire dans un compte tenu par la société. La société établit les registres de ses titres, elle-même ou par une personne qu'elle habilite, et peut les tenir « de manière chronologique sur support papier ou sur tout autre support durable » (article R. 228-8).

Pour les SAS (Sociétés par Actions Simplifiées), qui constituent la forme juridique dominante des startups françaises, ce registre est obligatoire dès la création de la société, quel que soit le nombre d'actionnaires.

Contenu obligatoire du registre

Selon l'article R. 228-9 du Code de commerce, le registre contient les indications relatives aux opérations de transfert et de conversion des titres, et notamment :

  • La date de l'opération
  • Les nom, prénoms et domicile de l'ancien et du nouveau titulaire des titres (cédant et cessionnaire)
  • La valeur nominale et le nombre de titres transférés (pour des actions, le capital social et le nombre total d'actions de la catégorie peuvent remplacer la valeur nominale)
  • La catégorie et les caractéristiques des actions transférées, si la société a émis plusieurs catégories d'actions (ordinaires, de préférence)
  • Un numéro d'ordre

En pratique, les registres bien tenus incluent également :

  • La nature de l'opération : souscription à la constitution ou lors d'une augmentation de capital, cession, donation, conversion d'instrument, annulation
  • Le prix de cession ou de souscription, que l'article R. 228-9 n'exige pas mais que la fiscalité des plus-values rend utile
  • Les numéros des actions lorsque les statuts les prévoient
  • Le solde de chaque actionnaire après chaque mouvement
  • Les références aux actes sous-seing privé ou authentiques qui fondent le mouvement

Qui doit le tenir ?

C'est la société elle-même qui est responsable de la tenue du registre, sous la responsabilité du président (ou du directoire selon la gouvernance). En pratique, ce rôle est souvent délégué à l'avocat corporate ou à l'expert-comptable.

La délégation ne transfère pas la responsabilité légale : si le registre est incomplet, c'est la société (et son représentant légal) qui peut être mise en cause.

Les opérations qui doivent être inscrites

Toute opération modifiant la répartition du capital ou les droits des actionnaires doit être inscrite :

Opérations d'émission :

  • Constitution de la société (capital initial)
  • Augmentation de capital par apport en numéraire
  • Augmentation de capital par apport en nature
  • Augmentation de capital par conversion de créances (OCA)
  • Émission de nouvelles actions suite à l'exercice de BSPCE, BSA ou stock-options

Opérations de transfert :

  • Cession d'actions entre actionnaires
  • Cession d'actions à un tiers
  • Donation d'actions
  • Apport d'actions à une holding

Opérations de suppression :

  • Annulation d'actions (réduction de capital)
  • Rachat d'actions propres par la société

Opérations particulières :

  • Nantissement d'actions (mise en gage)
  • Conversion d'actions de préférence en actions ordinaires
  • Démembrement (usufruit / nue-propriété)

Le délai de mise à jour

Pour une cession, l'inscription est faite à la date fixée par l'accord des parties et notifiée à la société (article R. 228-10). Au-delà, il n'existe pas de délai légal explicite, mais les pratiques professionnelles recommandent une mise à jour dans les 30 jours suivant chaque opération.

Pour les augmentations de capital, l'inscription doit être faite dès la réalisation de l'augmentation (après libération des fonds et décision d'AGE).

Format du registre

Le registre peut être tenu sur papier ou sous forme dématérialisée : l'article R. 228-8 du Code de commerce autorise expressément la tenue « sur tout autre support durable, notamment au moyen d'un dispositif d'enregistrement électronique partagé ». La réglementation n'impose pas de format, mais en cas de contrôle ou de litige, le registre doit être lisible, complet et permettre de dater et de retrouver chaque mouvement : ses mentions prévalent sur celles des fichiers alphabétiques d'actionnaires (article R. 228-8).

En pratique : un tableau structuré (Excel, PDF ou format logiciel) avec les colonnes décrites ci-dessus constitue un registre valide. Certains logiciels de cap table le tiennent automatiquement à partir des opérations enregistrées.

Ce qui ne suffit pas : une cap table synthétique (qui montre la situation actuelle des actionnaires) n'est pas un registre des mouvements. Le registre doit retracer l'historique complet, opération par opération.

Les sanctions en cas de manquement

L'absence de registre ou un registre incomplet expose la société à plusieurs risques :

Sur le plan civil :

  • Tant qu'un mouvement n'est pas inscrit, le transfert de propriété n'a pas eu lieu (article L. 228-1) : le cessionnaire ne peut se prévaloir de la qualité d'actionnaire ni auprès de la société ni auprès des tiers
  • En cas de litige entre actionnaires sur la propriété d'actions, l'absence de registre affaiblit considérablement la position de la société

Sur le plan pratique :

  • Blocage d'une levée de fonds : les investisseurs et leurs avocats demandent systématiquement le registre lors de la due diligence. Un registre inexistant ou lacunaire impose une reconstitution coûteuse (honoraires d'avocat, délai)
  • Complications lors d'une cession de la société : l'acquéreur ne peut pas vérifier qui détient quoi sans un registre à jour
  • Difficultés fiscales : l'administration fiscale peut contester les dates de cession déclarées si elles ne sont pas corroborées par le registre

Comment reconstituer un registre manquant

Si vous n'avez pas tenu votre registre depuis la création, il est possible de le reconstituer. Cette démarche doit être faite avec votre avocat corporate :

  1. Compiler tous les documents fondateurs : acte de constitution, statuts initiaux, bulletins de souscription du capital initial
  2. Recenser toutes les AGE ayant décidé des augmentations de capital et les actes correspondants
  3. Identifier toutes les cessions passées : actes de cession, ordres de mouvement, emails et courriers qui en attestent
  4. Recenser toutes les attributions de BSPCE et les exercices ultérieurs
  5. Établir le registre reconstitué et le faire signer par le représentant légal

La reconstitution d'un registre sur 3 à 5 ans représente généralement 5 à 15 jours d'honoraires d'avocat. Mieux vaut l'éviter en tenant le registre correctement dès le départ.

Intégrer le registre dans votre gestion quotidienne

La meilleure pratique est d'utiliser un outil qui tient le registre automatiquement à chaque opération. Ainsi, il n'y a pas de risque d'oubli et le registre est toujours à jour.

Regicap tient le registre des mouvements de titres à partir des opérations enregistrées dans votre cap table : chaque opération validée produit ses lignes au registre, numérotées dans l'ordre, avec la date, la nature, les parties, la catégorie et le nombre de titres. Vous pouvez en tirer un aperçu PDF à tout moment pour le relire ou l'envoyer à votre conseil, et publier une édition officielle horodatée lorsque vous le remettez à votre commissaire aux comptes ou à vos investisseurs. La tenue dématérialisée, les éditions horodatées et chaînées et la conservation externe sont décrites dans le centre d'aide et, texte par texte, dans Conformité du registre.

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