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Instruments

Comment attribuer des actions à un freelance ?

L'équipe Regicap·17 mars 2026·8 min de lecture

Votre lead développeur est freelance. Votre directrice marketing est en mission. Votre premier commercial travaille en portage salarial. La réalité des startups françaises en early stage, c'est que les profils clés ne sont pas toujours salariés. Pourtant, vous voulez les aligner sur le long terme en leur donnant accès au capital. Le problème : les instruments les plus courants, comme les BSPCE, sont réservés aux salariés. Alors, comment faire ?

Pourquoi les BSPCE ne fonctionnent pas pour les freelances

Les BSPCE sont l'instrument phare de l'actionnariat salarié en France. Mais l'article 163 bis G du Code général des impôts est clair : ils sont réservés aux personnes titulaires d'un contrat de travail avec la société émettrice (ou une filiale dont elle détient au moins 75 %). Un freelance, qu'il soit auto-entrepreneur, en EURL ou en portage salarial, n'a pas de contrat de travail avec votre startup. Il ne peut donc pas recevoir de BSPCE.

Certains fondateurs envisagent de requalifier la relation en CDI pour débloquer l'accès aux BSPCE. C'est une mauvaise idée : la requalification en salariat expose la société à un redressement URSSAF (charges sociales rétroactives, majorations) et crée un risque prud'homal. Le freelance doit rester freelance, et l'instrument doit être adapté à ce statut.

Les BSA : l'instrument naturel pour les freelances

Les BSA (Bons de Souscription d'Actions) sont l'outil le plus utilisé pour intéresser un freelance au capital. Contrairement aux BSPCE, les BSA ne sont pas réservés aux salariés. Toute personne physique ou morale peut en recevoir, y compris un prestataire externe.

Comment ça fonctionne

Le freelance achète des BSA à un prix d'exercice fixé lors de l'attribution. Chaque BSA donne le droit de souscrire à une action nouvelle à un prix déterminé, pendant une durée définie (souvent 5 à 10 ans). Si la startup prend de la valeur, le freelance exerce ses BSA et réalise une plus-value sur la différence entre le prix d'exercice et la valeur réelle de l'action.

La procédure

  1. L'AGE (Assemblée Générale Extraordinaire) autorise l'émission de BSA en fixant le nombre maximum, le prix d'émission et le prix d'exercice.
  2. Le conseil d'administration ou le président attribue les BSA au freelance selon les conditions définies par l'AGE.
  3. Le freelance paie le prix d'émission des BSA (un montant souvent symbolique, de quelques centimes à quelques euros par bon).
  4. Un contrat de souscription est signé, précisant les conditions de vesting, les cas de perte et les modalités d'exercice.

Fiscalité des BSA

La fiscalité est moins avantageuse que celle des BSPCE. La plus-value à l'exercice est imposée comme une plus-value mobilière : 30 % au PFU (prélèvement forfaitaire unique), ou au barème progressif de l'IR avec abattement pour durée de détention si le freelance opte pour ce régime. La différence avec les BSPCE : il n'y a pas de condition d'ancienneté de 3 ans pour bénéficier du PFU. En revanche, le prix d'émission des BSA n'est pas déductible.

Les AGA : une option moins courante mais possible

Les AGA (Actions Gratuites) peuvent théoriquement être attribuées à des mandataires sociaux ou à des salariés de sociétés liées. Mais pour un freelance sans lien de subordination, l'AGA n'est pas directement applicable. Si le freelance accepte un mandat social (membre du board, administrateur), il peut devenir éligible, mais cela change fondamentalement la nature de la relation.

En pratique, les AGA restent marginales pour les freelances. Les BSA sont plus simples et plus adaptés.

Le management package : pour les profils très seniors

Pour un freelance de très haut niveau (CFO à temps partiel, CTO en transition, advisor stratégique), un management package peut être structuré. Il combine généralement des BSA avec des conditions de performance (chiffre d'affaires, levée de fonds, recrutements clés) et un calendrier de vesting aligné sur la durée de la mission.

Le management package est plus complexe à mettre en place (il nécessite souvent l'intervention d'un avocat spécialisé), mais il permet d'aligner précisément les incitations du freelance avec les objectifs de la société.

Les précautions juridiques essentielles

Valoriser correctement les BSA

Le prix d'exercice des BSA doit refléter la valeur vénale des actions au moment de l'attribution. Si vous fixez un prix trop bas, l'administration fiscale peut requalifier l'avantage en revenu imposable (avec charges sociales pour la société). Faites réaliser une valorisation par un expert ou appuyez-vous sur votre dernière levée de fonds.

Prévoir un vesting adapté

Le vesting protège la société si le freelance arrête sa mission prématurément. Adaptez le calendrier à la durée prévue de la collaboration. Un vesting sur 2 ans avec un cliff de 6 mois est courant pour une mission freelance, contre 4 ans avec cliff d'1 an pour un salarié.

Ajouter une clause de good leaver / bad leaver

Précisez ce qui se passe si la mission se termine. Le freelance conserve-t-il les BSA vestés s'il part en bons termes ? Perd-il ses BSA non vestés dans tous les cas ? Ces clauses doivent être anticipées dans le contrat de souscription.

Vérifier la cohérence avec le pacte d'actionnaires

Si votre pacte d'actionnaires contient des clauses de préemption, de drag along ou de tag along, le freelance devra y adhérer au moment où il exercera ses BSA et deviendra actionnaire. Anticipez cette adhésion dès la signature du contrat de souscription.

Mesurer l'impact sur la cap table

Chaque émission de BSA a un impact sur la dilution. Intégrez les BSA dans votre base fully diluted pour avoir une vision exacte de la structure du capital. Si vous avez déjà un option pool pour les BSPCE salariés, les BSA freelance viennent s'y ajouter.

Les erreurs à éviter

Promettre de l'equity sans formaliser. "On te donnera des parts" ne crée aucun droit. Tant que l'AGE n'a pas voté et que le contrat de souscription n'est pas signé, il n'y a rien. Formalisez rapidement pour éviter les malentendus.

Confondre BSA et BSPCE. Un freelance qui reçoit des BSPCE alors qu'il n'est pas salarié s'expose à un redressement fiscal. L'administration fiscale peut requalifier le gain en traitements et salaires, avec les charges sociales correspondantes.

Ignorer le registre des mouvements de titres. L'émission de BSA doit être inscrite dans le registre des mouvements de titres de la société. C'est une obligation légale souvent négligée en early stage.

Ne pas expliquer la mécanique au freelance. Beaucoup de freelances n'ont jamais entendu parler de BSA. Prenez le temps d'expliquer : le prix d'exercice, le vesting, les scénarios de sortie, la fiscalité. La transparence renforce la confiance et l'engagement.


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